Récit de changement: Renforcement et mise à l’échelle des systèmes communautaires d’alerte précoce en cas d’inondation à Durban, en Afrique du Sud
Publié
Rédigé par University of KwaZulu-Natal (UKZN), ICLEI Africa, eThekwini Municipality
Qu’est-ce qui a changé?
Des données issues du projet « INACCT Resilience » éclairent la manière dont les systèmes municipaux d’alerte précoce (FEWS) sont mis en œuvre et déployés à plus grande échelle dans les quartiers informels de la municipalité d’eThekwini, en Afrique du Sud. Les données et les solutions proposées par les résidents des quartiers informels, les chercheurs et les décideurs permettent à la Direction du changement climatique, au Service de gestion des eaux pluviales côtières et des bassins versants, ainsi qu’au Centre de gestion des catastrophes de compléter et de remplacer les seuils théoriques, sur lesquels ils s’appuyaient auparavant pour émettre des avertissements localisés, par des estimations de seuils définies par la collectivité et validées scientifiquement, élaborées dans le contexte local.
Dans les établissements riverains, cela a consisté à repérer les endroits vulnérables, à déterminer les niveaux d’eau à partir desquels la communauté subit des répercussions graves à des repères spécifiques (p. ex. une maison, un enclos à chèvres ou un point le long du cours d’eau), puis à traduire ces données en mesures techniques pouvant être intégrées au FEWS à travers une gamme de « niveaux » d’alerte. Ces informations sont transmises par le FEWS au Centre de gestion des catastrophes de la municipalité afin de déclencher des mesures d’intervention. Dans les localités non riveraines, les seuils ont été établis différemment, par exemple en identifiant la combinaison particulière de volume et de durée des précipitations associée à des conditions susceptibles d’entraîner des répercussions graves si les fortes pluies se poursuivent (voir la figure 3).
Cela témoigne d’une évolution naissante dans la mise en œuvre des FEWS municipale : on passe d’un système axé sur des seuils d’inondation modélisés à l’intégration de seuils plus nuancés et adaptés au contexte, déterminés par la collectivité, qui ont fait l’objet de tests scientifiques et qui tiennent compte de la manière dont les répercussions sont vécues dans des lieux précis. Ainsi, les observations et les expériences communautaires contribuent à améliorer la précision des alertes d’inondation et l’étendue de leur champ d’application; elles sont intégrées au cœur même des systèmes techniques de prévision municipaux. L’innovation ne réside donc pas uniquement dans l’utilisation de seuils communautaires, mais dans la combinaison systématique des connaissances communautaires et de l’analyse hydrologique, ce qui permet d’établir des seuils fiables et adaptés au contexte local pouvant être intégrés à un système FEWS à l’échelle de la ville.
Pourquoi est-ce important ?
Ces changements revêtent une importance particulière pour les établissements informels et périurbains, où les risques d’inondation se conjuguent à des facteurs d’exposition et de vulnérabilité, notamment la pauvreté; la mauvaise qualité des logements; l’insuffisance des services; le manque d’accès aux ressources de l’État, au pouvoir, aux connaissances et à l’influence; les établissements développés sans supervision technique ni urbanistique; et la dégradation de l’environnement. Les inondations peuvent se développer rapidement dans ces endroits, entraînant de lourdes pertes de maisons, de terres, de moyens de subsistance et de vies humaines. Ce risque d’inondation s’accroît à mesure que les changements climatiques interagissent avec les vulnérabilités sociales et environnementales existantes et les exacerbent.
L’intégration de seuils définis par la collectivité et vérifiés scientifiquement au sein du système d’alerte précoce (FEWS) d’eThekwini rend les avertissements du système plus précis, plus fiables et plus crédibles dans les établissements où ces seuils ont été établis, et permet aux résidents d’élaborer des plans clairs de préparation et d’intervention en cas d’inondation. Plus largement, ce travail montre la voie à suivre pour étendre le système d’alerte précoce communautaire au-delà d’un seul bassin versant, tout en conservant les connaissances locales, les relations et la rigueur scientifique qui font l’efficacité du système.
Quelle a été la contribution de CLARE ?
Depuis 2015, un système communautaire d’alerte précoce en cas d’inondation (CBFEWS) est en cours de développement dans le bassin versant de Palmiet, à Durban, en Afrique du Sud, dans le cadre d’un partenariat entre la municipalité d’eThekwini, les collectivités locales et l’Université du KwaZulu-Natal (UKZN). Depuis 2023, le projet INACCT, dirigé par ICLEI Afrique en partenariat avec l’UKZN et la municipalité d’eThekwini, a élargi et renforcé ses capacités.
Le CBFEWS s’appuie sur trois sources principales de connaissances : (i) un seuil d’inondation établi grâce à la science citoyenne et à l’expertise scientifique, selon lequel les données pluviométriques provenant du bassin versant central déclenchent des alertes dès qu’un seuil de 45 mm de pluie est atteint au cours d’un épisode pluvieux, à l’intention des membres de la communauté de Quarry Road West, un établissement informel très exposé et vulnérable situé dans la plaine inondable de la rivière Palmiet; (ii) des avis d’inondation provenant du Système municipal de prévision et d’alerte précoce (FEWS) envoyés à un groupe WhatsApp technique local, qui sont ensuite relayés par des intermédiaires, accompagnés de connaissances contextuelles et scientifiques, vers un groupe WhatsApp communautaire afin de fournir des avis d’alerte précoce; et (iii) les connaissances locales et les renseignements en temps réel échangés entre les membres de la communauté, les chercheurs et les responsables municipaux juste avant, pendant et après les inondations (voir la figure 1).

Depuis plus de dix ans, ce système communautaire émet des avis d’inondation dans le bassin versant de Palmiet, en particulier pour Quarry Road West. Cependant, l’équipe du CBFEWS et les responsables municipaux du Centre de gestion des catastrophes ont identifié des défis importants : le système nécessite beaucoup de main-d’œuvre, ne fonctionne que dans un petit bassin versant de la région municipale d’eThekwini et repose sur des relations solides et de confiance entre l’État, les citoyens et les chercheurs, développées au fil de nombreuses années, ce qui ne peut être considéré comme acquis ailleurs. Ces contraintes ont soulevé plusieurs questions clés en matière de réduction des risques de catastrophe : si, et comment, ce système pourrait être « reproduit », automatisé et étendu à l’ensemble de Durban.
Le Fonds d’opportunités CLARE INACCT et CLARE Research for Impact (R4I) s’est appuyé sur les données probantes, les solutions et les leçons tirées du CBFEWS existant et a mis à l’essai d’autres CBFEWS dans trois nouveaux établissements : Pholani, Umizinyathi et Tshelimnyama. Cette recherche a permis de faire progresser cinq changements interdépendants. Tout d’abord, le système CBFEWS existant a été rigoureusement analysé et documenté par l’équipe chargée du CBFEWS afin de bien comprendre comment et pourquoi il fonctionnait, ainsi que d’identifier ses faiblesses et ses lacunes (O’Donoghue et al., 2025). Cela a permis de rendre plus explicites et transférables les connaissances tacites acquises au cours d’une décennie de pratique, tout en élargissant le champ d’application du CBFEWS pour y inclure les pratiques d’évacuation et la formation au niveau communautaire (voir la figure 2).

Deuxièmement, les pratiques du CBFEWS ont été adaptées, transformées et perfectionnées afin de soutenir la mise en place de CBFEWS dans trois autres localités, dont un établissement informel exposé aux glissements de terrain, une zone périurbaine exposée aux inondations pluviales et fluviales, et une localité à usage mixte exposée aux inondations fluviales. Dans ce cadre, le contexte de chaque localité, y compris ses principaux intervenants, son profil de risque et ses besoins en matière d’action climatique, a été cerné à l’aide de méthodologies de coproduction, et des profils de localité ont été établis (voir la figure 3).

Troisièmement, des seuils ont été établis pour les trois localités grâce à la collaboration entre des spécialistes et des citoyens scientifiques; ces seuils peuvent être intégrés au système FEWS et utilisés par les collectivités locales comme alerte ou avis de premier niveau.
Quatrièmement, une application a été développée par Obscape, grâce au financement du Fonds R4I Opportunities, qui fournit des avis dans les bassins versants de Palmiet et de Mzinyathi, en s’appuyant sur des modèles de prévision et des corrélations établies entre les précipitations et les niveaux des cours d’eau (voir la figure 5). Les membres de la collectivité ont accès à cette application et peuvent l’utiliser pour suivre les prévisions de précipitations et de niveaux des cours d’eau, établies par des modèles de prévision mondiaux, ainsi que les données en temps réel sur les précipitations et les niveaux des cours d’eau.


L’équipe du projet a également appuyé les activités d’institutionnalisation et de partage des connaissances menées en collaboration avec la municipalité d’eThekwini, notamment le Centre de gestion des catastrophes et les services chargés des bassins versants et des eaux pluviales.
À propos de l’INACCT
Le projet «INACCT Resilience » intervient dans des villes côtières du Mozambique et de l’Afrique du Sud afin d’aider les municipalités et les communautés vulnérables vivant dans des quartiers informels et des zones inondables à concevoir conjointement des stratégies de résilience inclusives et tenant compte des questions de genre et l’inclusion.
À propos du Fonds d’opportunités CLARE R4I
Le Fonds CLARE R4I Opportunities soutient des interventions à court terme et à petite échelle qui répondent aux besoins des décideurs en Afrique et en Asie en matière d’adaptation aux changements climatiques, en s’appuyant sur les recherches et les données probantes existantes.
En savoir plus :
- Early warning systems for disaster risk reduction in informal settlements: Durban’s CBFEWS
- Community based flood early warning system; Palmiet Catchment, Durban
- Barcena, A., Douwes, J., Karol, A., Leck, H., Priya, S., Raj, R., Schoonman, N., Sutherland, C. 2026. A Deleuzian approach to Urban Living Labs for transformative adaptation, Urbanisation, https://doi.org/10.1177/24557471261438
- Call To Earth Day | INACCT Resilience project – YouTube
- INACCT Resilience project CBFEWS uptake in Durban – YouTube
Catégories
Pays
Projets CLARE
Piliers de CLARE
Thèmes de CLARE
Sujets de CLARE
Partenaires de CLARE

