Récit de changement : des données locales à l’action mondiale – Les travaux de recherche du projet SUCCESS éclairent la planification en matière de déplacements liés au climat au sein du Forum des pays vulnérables au changement climatique

Publié

Rédigé par Tasneem Siddiqui, Mohammad Rashed Alam Bhuiyan, Ekhtekharul Islam et Mahmudol Hasan Rocky

Qu’est-ce qui a changé?

Le projet SUCCESS influence la manière dont certains des pays les plus vulnérables au changement climatique se préparent aux déplacements internes. Le Forum des pays vulnérables au changement climatique (CVF), un partenariat regroupant 74 pays touchés de manière disproportionnée par le changement climatique, s’est engagé à utiliser un modèle de planification destiné à la gestion des déplacements internes liés au climat, élaboré par le Refugee and Migratory Movements Research Unit (RMMRU), un partenaire du projet SUCCESS, en s’appuyant sur l’expérience acquise précédemment dans le cadre de la collaboration avec le gouvernement du Bangladesh sur sa stratégie nationale de gestion des déplacements.

Ce modèle encourage les pays du CVF à adopter une approche fondée sur les droits pour gérer les déplacements internes, en tenant compte de trois phases :

  • Prévention : réduire les risques avant que les déplacements ne se produisent, par exemple en améliorant les systèmes d’alerte précoce, en cartographiant les zones à risque de déplacement ; en favorisant la résilience des moyens de subsistance et les cultures résistantes aux catastrophes ;
  • Protection en cas de déplacement : met l’accent sur le respect des droits humains et de la dignité des personnes déplacées, notamment en fournissant une aide d’urgence et des services de base, en mettant en place des cadres juridiques clairs pour assurer leur protection, et en garantissant l’accès à un emploi sûr et à des moyens de subsistance ;
  • Solutions durables : garantir une stabilité à long terme, par exemple en facilitant les retours volontaires en toute sécurité, en soutenant l’intégration locale au sein des communautés d’accueil et en mettant en œuvre des réinstallations bien planifiées.

Ce modèle est conçu pour s’adapter à différents contextes nationaux et propose des questions directrices souples afin que chaque gouvernement puisse adapter ses politiques à ses réalités géographiques, sociales et économiques propres. L’inclusion est également une priorité, puisque le modèle met l’accent sur un processus consultatif ascendant visant à élaborer des cadres nationaux de manière à garantir la participation active des populations déplacées et à prendre en compte les différences de vulnérabilité liées à l’âge, au genre et au handicap.

Le directeur général du CVF s’est engagé à utiliser ce modèle pour aider les pays membres à élaborer leurs propres stratégies nationales de gestion des déplacements internes dans un contexte de changement climatique. La remise officielle du modèle par le gouvernement du Bangladesh et la RMMRU au CVF a eu lieu lors d’un événement parallèle à la COP30 en novembre 2025, marquant une étape importante vers une adoption plus large par les pays membres du CVF. À ce stade précoce, certains pays ont déjà commencé à prendre des mesures pour collaborer avec les populations locales afin de mettre en œuvre certaines des phases décrites ci-dessus, par exemple en utilisant les questions guides pour éclairer la cartographie des zones régionales à risque de déplacement.

La remise officielle du modèle par le gouvernement du Bangladesh et la RMMRU à la CVF a eu lieu lors d’un événement parallèle à la COP30 en novembre 2025.

Les déplacements de population ne sont pas uniquement le problème du Bangladesh : tousles […] pays membres du Forum des pays vulnérables au changement climatique sont confrontés, d’une manière ou d’une autre, à des problèmes liés aux déplacements de population. En effet, assurer l’adaptation des populations déplacées constitue le plus grand défi posé par le changement climatique. Ce serait pour nous un immense honneur que d’autres pays s’inspirent du modèle du Bangladesh (élaboré sur la base de la stratégie nationale bangladaise de gestion des déplacements de population) et mettent en place leurs propres programmes de gestion des déplacements de population.

– Syeda Rizwana Hasan, ancienne conseillère auprès du ministère de l’Environnement, des Forêts et du Changement climatique du Bangladesh

Pourquoi est-ce important ?

Les déplacements internes liés au climat touchent déjà des millions de personnes et devraient s’intensifier à mesure que les effets du changement climatique s’accentuent. La Banque mondiale estime que jusqu’à 216 millions de personnes pourraient devenir des migrants climatiques internes d’ici 2050, soulignant la nécessité pour les gouvernements d’aller au-delà d’une simple réaction a posteriori face aux déplacements et de s’y préparer avant que les effets du changement climatique ne contraignent les populations à quitter leurs foyers.

Dans les contextes où les populations choisissent de migrer pour réduire leur exposition aux risques climatiques, la migration peut constituer une stratégie d’adaptation. Dans d’autres contextes, les facteurs de stress liés au climat peuvent contraindre les populations à se déplacer brusquement ou les empêcher de se réinstaller malgré des risques climatiques croissants ; dans ces cas-là, leur choix de migrer est limité, voire inexistant, ce qui conduit souvent à des conditions de vie précaires. Il est donc essentiel de renforcer la planification des déplacements liés au climat afin de soutenir les populations vulnérables aux effets du changement climatique.

Le modèle de planification élaboré dans le cadre du programme SUCCESS pourrait aider les pays à adopter une approche plus proactive et fondée sur les droits pour gérer les déplacements internes liés au climat. S’il était adopté par les États membres du CVF, ce modèle constituerait un outil pratique permettant aux gouvernements de renforcer leur planification en matière de déplacements internes liés au climat et de soutenir les efforts visant à préserver la capacité d’adaptation des migrants internes.

Plus généralement, cette avancée montre comment les données issues de recherches ancrées au niveau local peuvent éclairer les politiques et les pratiques au-delà des frontières nationales. Ce qui a commencé comme un projet de recherche au Bangladesh a désormais le potentiel de soutenir la planification de l’adaptation au sein d’une vaste coalition de pays vulnérables au changement climatique.

Quelle a été la contribution de CLARE ?

Le CVF a expressément demandé à la RMRRU d’élaborer ce modèle à l’intention de ses États membres, en s’appuyant sur son expertise reconnue et sur l’expérience acquise dans le cadre de ses travaux antérieurs avec le gouvernement du Bangladesh. La RMRRU avait déjà contribué à la stratégie nationale pionnière du Bangladesh en matière de gestion des déplacements de population, ainsi qu’au plan d’action qui en a découlé concernant les déplacements induits par le climat, dans le cadre d’un projet antérieur sur la justice climatique. Le travail de la RMMRU avec SUCCESS a permis de s’appuyer sur cette expérience et de tirer parti des données et enseignements supplémentaires générés par le projet, en étendant le champ d’action du Bangladesh afin d’éclairer les politiques et les mesures prises au sein de l’ensemble du CVF.

Pour étayer ces travaux, l’équipe SUCCESS s’est appuyée sur les données qu’elle a recueillies concernant les interventions de relocalisation planifiée induites par le changement climatique au Bangladesh, ainsi qu’au Bhoutan, au Népal et, en collaboration avec le projet CLARE CLAPS, en Inde. Ces travaux visaient principalement à comprendre les logiques décisionnelles qui sous-tendent les programmes de relocalisation, ainsi que leurs impacts sur le bien-être des communautés, leur précarité et leur capacité d’adaptation. Grâce à un travail de terrain approfondi comprenant des entretiens approfondis, des discussions de groupe et la méthodologie « photovoice », cette recherche apporte un éclairage essentiel sur la manière dont la relocalisation planifiée fonctionne concrètement en tant que stratégie d’adaptation au changement climatique, ce dont l’équipe s’est servie pour élaborer le modèle.

La RMMRU s’est appuyée sur ces données pour travailler en étroite collaboration avec un comité consultatif international composé de représentants du monde universitaire, des décideurs politiques, des agences de développement et des organisations de défense des droits de l’homme, qui ont contribué à adapter ce modèle afin qu’il puisse être utilisé dans le cadre de leurs efforts visant à élaborer des approches nationales de gestion des déplacements internes liés au climat.

Cette contribution illustre bien l’importance que CLARE accorde à la recherche axée sur l’impact, dans la mesure où elle soutient des travaux de recherche qui non seulement font progresser les connaissances, mais exploitent également en permanence les nouvelles données disponibles afin de fournir aux décideurs des outils concrets pour renforcer l’adaptation au changement climatique. En collaborant directement avec les décideurs et d’autres parties prenantes clés, en adaptant les approches existantes à leurs besoins et en saisissant les opportunités qui se présentent pour traduire les résultats de la recherche en une ressource pratique de planification, SUCCESS a ouvert de nouvelles perspectives pour la recherche menée au niveau local, afin d’éclairer la planification de l’adaptation au changement climatique aux niveaux régional et mondial.

La RMMRU prévoit de poursuivre la diffusion de ce modèle en collaboration avec le programme CLARE, par le biais d’ateliers régionaux et de webinaires destinés aux responsables gouvernementaux, aux agences de développement, aux organisations de défense des droits de l’homme, aux milieux universitaires et aux organisations de la société civile des pays membres du CVF. La RMMRU prévoit également de créer une plateforme numérique de retour d’expérience afin d’assurer un dialogue continu entre la RMMRU et les pays participants.

Crédit photo : projet SUCCESS

À propos de SUCCESS

Le projet SUCCESS vise à générer de nouvelles connaissances sur l’évaluation des mesures d’adaptation liées à la migration, à la mobilité et à l’immobilité, et à promouvoir des discours fondés sur des données factuelles concernant le rôle de la migration face au défi que représente l’adaptation aux risques climatiques.

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