Journée de la désertification et de la sécheresse 2026 : enseignements tirés des exemples de développement résilient au changement climatique en Afrique et en Asie

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Rédigé par Alice Atieno Odingo, Caroline King-Okumu, Florence Kyoheirwe Muhanguzi, Ahmed Mohamoud, Binaya Pasakhala, Guyo Roba et Susan Varughese

Au cours de la dernière décennie, les pays et les communautés qui se sont engagés dans des voies de développement à faibles émissions de carbone et résilientes au changement climatique dans le cadre de l’Accord de Paris ont connu certaines des pires sécheresses dont se souviennent la plupart de leurs populations. En 2019, les négociateurs climatiques réunis à New Delhi, en Inde, à l’occasion de la réunion du Comité chargé d’examiner la mise en œuvre de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), ont mis en évidence les défis en matière de capacités qui se posent dans le processus de gouvernance nécessaire pour faire face collectivement aux risques de sécheresse, en particulier dans les pays touchés par de graves sécheresses[1]. Ils ont donc élaboré et publié des rapports de référence retraçant les effets sur la résilience des communautés et des écosystèmes face aux sécheresses depuis 2000, et se sont engagés à partager en permanence leurs ressources et à échanger leurs capacités afin de les améliorer ensemble (2022-2027).

Les déclarations annuelles de politique budgétaire du Kenya abordent désormais systématiquement les effets des sécheresses et autres phénomènes climatiques extrêmes sur la croissance de l’économie nationale. Cette année, un mini-budget supplémentaire destiné à faire face à ces effets et à certaines dépenses imprévues, notamment pour traiter les aspects liés à la sécurité, a été approuvé en milieu d’année par le gouvernement kenyan. Par ailleurs, les pays touchés par la sécheresse dans la Corne de l’Afrique, notamment le Rwanda, l’Ouganda et le Kenya, ont commencé à recenser les dépenses ayant un impact positif ou négatif sur le climat[2]. En prévision de la célébration mondiale de la Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse 2026 à Kilifi, au Kenya, nous présentons un bref aperçu des points forts des travaux de CLARE en matière de renforcement de la résilience face à la sécheresse en Afrique et en Asie. Ces réalisations en cours en matière d’adaptation soulignent que le renforcement de la résilience est un processus d’apprentissage social continu.

Cette présentation s’appuie sur les contributions de CLARE aux célébrations annuelles de la Journée de la désertification et de la sécheresse en 2024 et 2025, qui ont mis en évidence la manière dont de nombreux projets CLARE soutiennent la résilience face à la sécheresse — notamment en alimentant les processus de planification de l’adaptation en cours aux niveaux local, national et régional, et en explorant de nouveaux déclencheurs pour une action anticipative de la part des secteurs public et privé. D’autres exemples illustrant comment les projets CLARE s’efforcent de relever le défi mondial urgent de la sécheresse grâce à une adaptation menée localement sont présentés dans le document du Centre mondial sur l’adaptation intitulé « 2025 Stories of Resilience: Lessons from Local Adaptation Practice » (Histoires de résilience 2025 : leçons tirées des pratiques d’adaptation locales) et dans la suite de cet article.

Entretien avec un bénéficiaire du projet à Katakwi ; Crédit : projet WOSFER

Quelques points forts tirés des recherches de CLARE concernant l’impact sur le développement résilient face à la sécheresse

Ces dernières années ont mis en évidence l’urgence de renforcer la résilience face à la sécheresse. En 2024, l’État du Karnataka, en Inde, a été frappé par la pire sécheresse qu’il ait connue depuis 40 ans, tandis que l’Afrique australe a subi la pire sécheresse de ces 100 dernières années. Les équipes de recherche du projet CLARE, présentes en Afrique et en Asie, ont travaillé avec les communautés pour définir des stratégies d’adaptation à la sécheresse, notamment des pratiques de gestion des bassins versants en milieu rural et urbain, des solutions fondées sur la nature, des stratégies de migration, ainsi que la mobilisation d’investissements supplémentaires auprès d’ONG locales œuvrant dans le domaine de la responsabilité sociale des entreprises.

La sécheresse agroécologique a affecté la production des denrées alimentaires de base dans plusieurs provinces du Népal, et la diminution de la fonte des neiges, source de recharge des nappes phréatiques, a aggravé la pénurie d’eau tant dans les plaines que dans les zones vallonnées telles que Sindupalchok, dans la province de Bagmati. L’équipe du projet SUCCESS a étudié les aspects économiques des migrations des membres des communautés en tant que stratégie d’adaptation, en examinant notamment la génération de revenus par le biais des transferts de fonds à Sindupalchok, au Népal, ainsi que dans l’ensemble de la région sud-asiatique.

Parmi les points forts des travaux menés actuellement par CLARE sur le développement résilient face à la sécheresse depuis le début de l’année 2026, on peut citer une note d’information destinée aux médias sur la résilience des petites exploitantes face aux sécheresses dans le « corridor de l’élevage » ougandais, ainsi que des données montrant que l’épuisement des nappes phréatiques, la fragmentation institutionnelle et l’intensification du stress climatique contribuent à accroître la vulnérabilité des ménages à Dodoma, en Tanzanie. Des recherches menées au Karnataka, en Inde, ont mis en lumière la gestion des eaux usées urbaines en période de sécheresse, soulevé des questions sur l’avenir d’une agriculture résiliente au changement climatique et donné lieu à des réflexions sur la mobilité dans le cadre de l’adaptation au changement climatique, ainsi que sur les adaptations urbaines et rurales in situ face aux sécheresses. Des perspectives relatives à la RSE et à la mise en place de fonds publics décentralisés pour la résilience ont émergé à la suite de discussions sur un thème transversal visant à mettre en évidence le développement résilient au changement climatique.

Parmi les projets CLARE visant à renforcer la résilience face aux sécheresses, on peut citer BASIN, BIMA, CLARITY, CLAPs, HERCS, PALM-TREEs, PASSAGE, SUCCESS et WOSFER. Dans l’ensemble, les données du programme CLARE mettent en évidence un message commun à toutes les régions : la résilience face à la sécheresse ne dépend pas seulement des technologies et des infrastructures, mais aussi du renforcement des institutions locales et à plusieurs échelles, de l’élargissement de l’accès équitable à l’eau et du soutien aux capacités d’adaptation des femmes, des petits exploitants et des communautés urbaines pauvres.

Récoltes flétries à cause de la sécheresse ; Crédit : projet WOSFER

Partager les données factuelles pour orienter les processus mondiaux en matière de politiques et de financement

En décembre 2024, des chercheurs des équipes du projet CLARITY au Nigeria et au Niger ont apporté leur contribution à un processus politique mondial lors de la 16e Conférence des Parties (CoP16) à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD). À l’issue de cette réunion, il ne restait plus qu’un seul mot entre crochets à régler pour conclure les négociations sur un nouveau cadre mondial visant à intervenir, selon les besoins, à tous les niveaux de gouvernance afin d’accélérer une coopération mondiale plus proactive en matière de résilience face à la sécheresse à plusieurs échelles. Les efforts en vue d’un accord devraient se poursuivre lors de la CoP17.

La mise en œuvre à l’échelle mondiale des engagements antérieurs visant à renforcer la résilience des communautés et des écosystèmes face aux sécheresses a été examinée en 2025 par le Comité chargé de l’examen de la mise en œuvre de la Convention (CRIC) de la CNULCD, sur la base des contributions de CLARE concernant les données actuellement disponibles sur le développement résilient au changement climatique. Les Parties à la Convention et les partenaires de divers projets CLARE préparent actuellement des rapports nationaux à l’intention du Comité, qui seront soumis en 2027 – voir également les investissements CLARE déjà déclarés par le Royaume-Uni, ainsi que d’autres rapports nationaux des pays CLARE d‘Afrique et d’Asie sur les progrès réalisés depuis 2000 en matière de renforcement de la résilience des communautés et des écosystèmes face à la sécheresse.

En vue du CRIC de la CNULCD et de la COP 17 de cette année, le Forum mondial sur les paysages (GLF) Afrique 2026 a permis d’examiner les enjeux liés au renforcement de la gouvernance, notamment la nécessité d’intégrer la mobilité dans les pâturages, les institutions, les connaissances, la richesse et la diversité dans les discussions sur la résilience face à la sécheresse. Les Conférences des Parties (COP) de la CCNUCC et le Dialogue de Veredas réuniront ensuite les parties prenantes afin d’aborder la question de l’alignement des financements sur un développement à faible émission de carbone et résilient au changement climatique, y compris la résilience face aux sécheresses.

Premières conclusions

Alors même que les phénomènes climatiques gagnent en intensité et en fréquence, les facteurs économiques d’origine humaine, les défaillances institutionnelles et les conflits continuent d’aggraver les risques de sécheresse. Les menaces que font peser les sécheresses sur les économies nationales et mondiales ainsi que sur les aspirations de développement en Afrique, en Asie et dans le monde entier restent considérables.

À mesure que le monde devient de plus en plus interconnecté, l’incapacité des institutions à faire face à une sécheresse catastrophique d’un côté de la planète peut avoir des répercussions sur la stabilité sociale, la sécurité, les chaînes d’approvisionnement et les économies de l’autre côté. Renforcer la résilience et s’adapter aux sécheresses et autres risques climatiques constitue donc une priorité urgente à l’échelle mondiale — et pas seulement pour les régions les plus arides (GIEC, 2023). CLARE confirme que les solutions d’adaptation, les connaissances et les données factuelles au sein des communautés les plus vulnérables peuvent être mises en œuvre plus rapidement grâce à des partenariats favorisant le partage de la recherche et des capacités.

Les sécheresses et autres aléas climatiques mettent à l’épreuve la cohésion des civilisations et la résilience de leurs systèmes. L’analyse des réussites et des échecs de la coopération mutuelle en matière de renforcement de la résilience constitue un processus d’apprentissage social qui se construit progressivement, année après année. Parfois, les conflits sociaux, la marginalisation ou l’ampleur même d’une sécheresse peuvent avoir raison de la volonté collective de se serrer les coudes. Dans ces cas-là, les dommages subis peuvent se répercuter en cascade sur l’économie et la société, appauvrissant tout le monde. Il est donc d’autant plus important de reconnaître les progrès réalisés en matière de résilience au cours de la dernière décennie dans la Corne de l’Afrique et ailleurs. Cela rend également d’autant plus précieux les investissements de CLARE et d’autres acteurs dans la production et le partage continus de connaissances.


[1] Voir: Padma: African nations take UN to task Countries urge higher priority for drought research Nature 573, 319 (2019)
https://www.bbc.co.uk/news/world-africa-61542168
https://www.arabnews.com/world/un-urges-nations-adopt-drought-policies

[2] Le projet ECONOGENESIS a contribué à ce processus au Rwanda

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